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Histoire
Brève histoire
Le fonds de la Fondation Palau est constitué par le double héritage de Josep Palau i Fabre. D’un côté, le fonds regroupé par son père, Josep Palau i Oller, qui comprend un large éventail de peinture catalane du début du XXe siècle. De l’autre, l’apport de Palau i Fabre lui-même, qui dans son désir de poursuivre le travail de collectionneur de son père, a réuni une grande collection d’œuvres de Picasso ainsi que d’autres auteurs contemporains tels que Perejaume, Barceló et Pepe Yagües.
La pinacothèque de cette fondation pourrait presque être intitulée « Cent ans de collectionnisme » car elle comprend les œuvres réunies par mon père depuis le début du XXe siècle (un dessin de Mompou est daté de 1906) jusqu’au tournant du XXIe siècle.
Il n’est guère fréquent qu’un artiste ou un peintre éprouve de l’admiration pour d’autres artistes qui lui sont contemporains et qu’il le démontre en se procurant leurs œuvres. Ce caractère ouvert de mon père, Josep Palau i Oller, je l’ai respiré dès l’enfance. J’ai vu plusieurs des pièces qui constituent le fonds de la collection de peinture catalane de la Fondation à la maison, depuis que je suis tout petit (l’aquarelle de Nonell, le dessin et les gravures de Xavier Nogués) et d’autres depuis l’adolescence et la première jeunesse comme le Grausala et le Villà. La collection réserve, j’en suis sûr, certaines surprises : le Torné Esquius, par exemple, ou l’Ignasi Mallol.
Le fait d’avoir observé mon père et certains de ses amis en train de peindre (Mompou, Labarta) et d’avoir assisté, dans la maison même, à nombre de conversations et d’exposés – parfois même à des disputes – sur l’art et la peinture, ont éveillé ma sensibilité dès mon plus jeune âge et m’on fait placer l’art au-devant de toutes les activités humaines.
Bien que mon apport personnel soit l’œuvre de Picasso, que je considère en quelque sorte comme le plus grand créateur de tous les temps, peut-être que je n’y aurais pas été aussi immédiatement sensible si je n’avais pas grandi, à mon insu, dans un terrain fertile. Le seul fait d’entendre discuter de Picasso a éveillé très tôt ma curiosité et celle-ci s’est bien vite transformée en une passion inconditionnelle pour sa personnalité exceptionnelle et unique.
De Picasso, j’aurais voulu avoir plus de choses que celles que je suis arrivé à réunir à force d’efforts et de sacrifices. Mais avec Picasso, il se produit un phénomène curieux qui n’est comparable à aucun autre artiste : on n’en a jamais assez. Un Picasso donne envie d’en voir –ou d’en posséder– un autre, celui-ci un autre, ce dernier un autre encore et ainsi à l’infini, parce que Picasso est chaque fois nouveau et différent. Une œuvre du Greco, pour prendre un exemple prestigieux, nous révèle le génie du Greco ; une œuvre de Picasso, non.
La personnalité accaparante de Picasso a fait qu’à partir d’un certain moment de ma vie, mon souci exclusif a été de me consacrer à lui et de posséder ses œuvres, en me désintéressant de toute autre personnalité. Je dois dire que c’est une exposition de Perejaume, en 1980, qui m’a fait modifier une résolution initiale que moi-même, je croyais éternelle. C’est lors de cette exposition que j’ai pensé : « c’est du sérieux » et que j’avais encore l’occasion d’acquérir des œuvres d’un grand artiste depuis le début. Ce que j’ai fait et ce que je ne regrette pas.
Quinze ans plus tard, et d’une manière similaire, la personnalité de Pepe Yagües m’a aussi séduit et je suis arrivé à temps pour incorporer quelques-unes de ses œuvres.
Mais dans ce genre d’aventures, il reste toujours un regret et je doute que la satisfaction puisse un jour être complète.
L’ensemble des œuvres de Picasso qui font partie de la Fondation appartient à des époques, des techniques et des styles très variés. C’est-à-dire qu’aucun critère restrictif – mis à part les moyens financiers – n’a présidé à l’acquisition, bien au contraire. J’ai toujours considéré que la caractéristique primordiale de Picasso était la diversité. Mon but et mon espoir est que cet ensemble, malgré ses limitations, produira chez le spectateur ou le visiteur la réaction la plus importante – et la première – que peut et que doit produire Picasso : un sentiment d’admiration mêlé à la surprise et à l’ivresse. Regarder la production de Picasso, découvrir son œuvre doit toujours provoquer une euphorie bienfaisante parce qu’il représente avant tout un phénomène vital. Viendront ensuite, à des degrés d’intensité variables selon le spectateur, les envies d’en savoir plus, de comprendre les énigmes, d’ordonner. Les légendes au pied de chaque œuvre et l’ordonnancement chronologique dans le catalogue général de la Fondation sont là pour vous aider et représentent un premier pas dans cette direction. J’espère vivement que cela amènera le visiteur ou l’amateur à vouloir en savoir beaucoup plus et à approfondir sur le sujet. Mais la fascination et l’enthousiasme doivent intervenir d’entrée de jeu. Sans ces conditions préalables, il est pratiquement impossible d’emprunter les chemins de cette création débordante. Nous avons voulu que la salle qui réunit les œuvres de Picasso obéisse à ce principe et produise cette réaction salutaire. A cette fin, nous n’avons pas hésité à mélanger les époques, les styles, les techniques, et à intercaler certaines photos de l’artiste, car l’art et la vie sont inséparables chez lui.
Après avoir parcouru pendant des années pratiquement toute la Catalogne, pour ne pas dire pratiquement tous les Pays catalans, j’ai finalement trouvé à la Députation de Barcelone et à Caldes d’Estrac, l’accueil que ma double collection me semblait mériter.
Josep Palau i Fabre


